Portrait d'expat

Un habitant du Puy au pays «des Kiwis»

14 avril 2017

C’est l’histoire d’un ponot, technicien  dans l’éolien, qui voulait changer d’air. Voyager pour se retrouver. Sans hésiter, il a opté pour une lointaine contrée qui l’a toujours  fait rêver. Des paysages à couper le souffle, des plages paradisiaques, des sports extrêmes à gogo, des étendues sauvages saisissantes, la Nouvelle-Zélande avait tout du paradis pour ce jeune homme qui aspirait à une autre vie . Arrivé en juillet dans cette belle contrée, il sillonne le pays sans but précis.  Au volant de son van aménagé, il se laisse porter au gré des rencontres et des opportunités. A mi-parcours il a décidé de se poser un peu. En coloc dans la ville de Christchurch, il a retrouvé quelques compatriotes français. Nous avons profité de cette halte improvisée et du réseau internet de la « maisonné » pour lui tirer le portrait.

Rémi Bertholet: Voyage itinérant « au pays du long nuage blanc »

Coup de projecteur sur Rémi Bertholet, un ponot parmi les néo-zélandais.

1/ Peux-tu te présenter en quelques mots

Je m’appelle Rémi, j’ai 29 ans et en juillet 2016, j’ai quitté la France pour découvrir un pays qui m’attire depuis presque toujours : la Nouvelle-Zélande. Avant de prendre le large, j’avais une vie des plus classiques, j’étais technicien de maintenance dans l’éolien. J’ai décidé de tout quitter pour me retrouver. Cette existence quotidienne me fatiguait, elle n’avait plus vraiment de sens pour moi. J’étouffais, j’avais besoin de voir autre chose, de côtoyer d’autres personnes, de me confronter à d’autres systèmes de pensées, bref expérimenter un autre mode de vie, plus vrai, plus authentique.

2/ Et pour toi, la Nouvelle-Zélande était le lieu idéal pour te retrouver ?

En effet, j’étais convaincu que la Nouvelle-Zélande était l’endroit idéal pour moi. J’ai toujours eu une attirance naturelle pour ce pays. Lorsque j’ai décidé de partir, je n’ai pas vraiment réfléchi à la destination. La Nouvelle-Zélande, c’était une évidence.Ce qui ne m’a pas empêché tout de même de me documenter avant de partir, j’ai lu des articles sur le pays, vu des reportages.  Cela a fini de me convaincre si besoin était.   

La  Nouvelle-Zélande : le paradis pour moi

La Nouvelle-Zélande c’est tout ce que je recherchais : un cadre naturel, un endroit globalement peu peuplé, il y a seulement 4 millions d’habitants en Nouvelle-Zélande, beaucoup de zones sont encore sauvages ici . Cette dimension « Nature » était pour moi indissociable de cette quête de sens dans laquelle je souhaitais me lancer. Et puis pour un français comme moi qui souhaite améliorer son anglais, la Nouvelle-Zélande c’était une manière de joindre l’utile à l’agréable. Sans oublier que dans ce pays on peut bénéficier du Working Holiday Visa autrement dit le Visa Vacance-travail, c’est hyper pratique. Bref il était difficile de trouver un autre pays qui réunit autant d’avantages sur le papier ; en tout cas pour moi.

 

Rémi, un amoureux des grands espaces sauvages

 

Après 6 mois sur place, dirais-tu que la Nouvelle-Zélande est telle que tu l’avais imaginée ?

Sur certains points, oui, sur d’autres beaucoup moins. Par exemple, l’aspect nature, territoire sauvage, immense plage, montagne isolée est effectivement très marqué ici, ça colle parfaitement avec l’idée que je pouvais m’en faire avant de décoller. Je ne suis pas déçu de ce côté-là. En revanche, je me suis rendu compte que la réputation verte de la Nouvelle-Zélande me semble un peu sur-vendue.

Une vie à l’américaine

Je pensais vraiment que la population ici faisait un peu plus attention  à ce qu’elle mettait dans son assiette ou déversait dans ses champs, la réalité est un peu différente. Sans faire de généralité, j’ai pu constater que la vie des néo-zélandais est calquée sur celle des américains, notamment en matière d’alimentation avec l’omniprésence de la « junck food  » ; mais aussi au niveau des modes de déplacements.   Beaucoup se baladent avec des grosses voitures: les 4∗4, vans et autres truks sont légion sur les routes. De beaux joujoux qui polluent quand même pas mal. La Nouvelle-Zélande ne se résume certes pas à ces quelques exemples. Et heureusement. On trouve aussi ici des gens qui vivent plus simplement, des endroits où l’on peut étudier la permaculture. Mais en toute honnêteté ce n’est pas ce qui est le plus visible, ce qui saute aux yeux lorsqu’on est notamment à Auckland c’est ce mode de vie made in USA.

Au-delà de ce mode de vie très américanisé, qu’est ce qui caractérise les Néo-Zélandais, as-tu constaté des différences avec nous les Français?

Les Néo Zélandais sont indubitablement des gens très sociables. Je ne dis pas que les Français ne le sont pas mais ici c’est généralisé.

Ou que tu ailles, quoi que tu fasses, il y a toujours une personne qui vient te parler.

Elle te demande ce que tu fais, comment tu vas. Dans un supermarché par exemple, les vendeuses te demandent systématiquement si tu as passé une bonne journée et si le feeling passe bien, on peut même échanger plusieurs minutes autour de la caisse enregistreuse. Ce n’est franchement pas le cas en France, ou alors c’est très rare. Idem sur les parkings de départ de randonnées, souvent les gens viennent échanger avec toi sur le matériel utilisé par exemple, on discute de tous et de rien. C’est plutôt surprenant au début mais en fait on s’y fait vite car c’est très agréable.

Y a-t-il une rencontre en particulier qui t’a marqué lors de ce périple en Nouvelle-Zélande

La question est difficile. Au cours de cette aventure, j’ai été amené à faire plusieurs belles rencontres grâce principalement au WWOOFing.  Je pense, notamment à cet agriculteur qui avait une ferme de vaches à lait. Il s’appelle Yann, cet homme est formidable, il a essuyé 4 cancers, il finissait sa 4ème chimiothérapies lorsque je suis arrivé chez lui.  Il avait besoin d’aide à la ferme et donc je l’ai épaulé pendant quelques temps. Il avait une joie de vivre incroyable, une vraie belle personne avec qui j’ai beaucoup discuté, on a passé de longues soirées à échanger sur pleins de sujets, c’était vraiment passionnant. En plus on mangeait très bien chez lui.  Ce gars-là a un amour profond pour ses animaux, il connait le nom de chacune de ses bêtes. Et autant vous dire que sur ce point-là, il fait plutôt figure d’exception. En effet en Nouvelle-Zélande, il faut savoir qu’il y a surtout de grandes exploitations avec parfois 800 bêtes à canaliser et donc on est pas du tout dans cette relation privilégiée avec l’animal . 

Voyage en solitaire peuplé de belles rencontres

 

On parlait des gens, qu’en est-il des paysages en Nouvelle Zélande ? Ils sont souvent encensés avec des qualificatifs tels que grandiose, spectaculaire, tu confirmes ?

La Nouvelle-Zélande regorge de lieux magiques et en plus elle dispose d’une variété de paysages assez stupéfiante.  C’est l’endroit idéal pour toutes celles et ceux qui souhaitent bénéficier à la fois d’un environnement maritime et montagneux. On retrouve ici des endroits sauvages d’une grande beauté très appréciés des adeptes de la nature à l’état brut comme moi.

J’ai eu la chance de voir 6 orques loin de toute civilisation, c’était formidable.

J’ai pu également observé pas mal de phoques sur les côtes. J’étais complètement seul au milieu de tous ces mammifères marins, c’était juste exceptionnel. Et que dire des couchers de soleil ou encore des montagnes, tout bonnement magnifiques. La Nouvelle-Zélande, c’est aussi le paradis pour les amoureux de sports extrêmes, à sensation. Bref, il est clair que ce pays d’Océanie ne manque pas d’atouts.

En juillet prochain, tu rentres en France. Comment appréhendes-tu ce retour ?

Honnêtement, j’ai hâte de rentrer chez moi car ma famille, mes proches me manquent. Mes parents sont venus me voir en janvier, j’ai passé deux semaines avec eux à faire le tour de l’île , c’était un moment vraiment chouette. Tous les expatriés ne partagent pas ce genre d’expérience avec leur parent. Mais lorsqu’ils sont repartis, les jours qui ont suivi n’ont pas été faciles.

Retrouver sa famille: un besoin vital

Se retrouver de nouveau seul à des milliers de kilomètres de chez soi, ce n’est pas évident.  Et puis, sur le long terme, certaines situations deviennent contraignantes. Par exemple, je me suis rendu compte que si l’on veut faire de longues randonnées en Nouvelle-Zélande, il ne faut pas s’encombrer d’un van. Or moi j’en ai un dans lequel j’ai toutes mes affaires et donc je ne peux pas le laisser n’importe où lorsque je pars pour plusieurs jours de trek. Cet élément, que je n’avais pas anticipé, s’est révélé être un vrai frein dans le cadre de mon périple. Du coup j’ai décidé de vendre mon van. Je me suis posé dans une coloc à Christchurch, le temps de trouver un acheteur. Mais ça tarde un peu pour tout dire.

Rémi et ses parents en mode touriste

 

Encore des projets avant ton grand retour en France ?

Oh oui. Je compte bien optimiser à fond le temps qu’il me reste. Certes ma famille me manque, reste que j’ai encore envie de faire plein de choses ici. Une fois mon van vendu, je prendrai mon sac à dos et je partirai à la découverte des parcs nationaux. Je voudrais également voyager en voilier pour apprendre la voile, je pensais être au bon endroit à Christchurch mais en réalité, c’est un petit port, il n’y a pas beaucoup de départ, donc j’attends. Sinon j’aimerais bien aussi trouver des lieux de retraites histoire de pourvoir méditer sur plusieurs jours.

 

Un simple sac à dos pour découvrir les parcs nationaux

Au-delà de l’aspect familial, la France te manque-t-elle ?

Clairement oui. On ne va se cacher. Elle me manque pour pleins de raisons. L’éloignement familial c’est vraiment ce qui a de plus dur pour moi, j’aimerais bien , à cet instant précis, prendre mes parents dans les bras, les copains. Ce sont mes racines et sans eux je me sens plus fragile. Et puis je viens d’une famille ou l’on aime bien manger. Manger sainement avec des produits qui viennent de nos jardins, on prépare notre charcuterie, on fait des confitures et c’est vrai qu’en Nouvelle-Zélande, cette culture de la bonne nourriture n’est pas très développée. Les saveurs typiquement françaises me manquent cruellement. Je sais que l’une des premiers choses que je vais faire en rentrant chez moi, c’est d’aller au marché du Puy-en-Velay en Haute-Loire et je vais m’acheter un fromage de chèvre, un saucisson, du pain et pour accompagner le tout une bonne bouteille de rouge. Alors ça fait peut-être un peu cliché mais c’est vraiment ce que je vais faire à mon retour. Je salive rien qu’en prononçant le nom de ces grands classiques indispensables à tout  bon français!

Ces bons produits sont introuvables en NZ

On peut trouver des produits d’origine  française dans des épiceries appelées ici « Delicatessen » Les personnes chez qui je suis en coloc ont acheté je sais une fois de la raclette dans ce genre de magasin mais cela coûte cher et en plus le choix est souvent très réduit. Par exemple pour le fromage, on va trouver de l’emmental, mais pas du vrai fromage de raclette, pareil pour la charcuterie,

On peut acheter éventuellement du jambon cru mais du saucisson, c’est mission impossible.

C’est assez frustrant pour des expat’ français, d’autant qu’en NZ il y en a énormément. C’est l’une des destinations favorites des expat’ français. A Christchurch par exemple, la communauté des « frenchies » est assez importante. Ce sont souvent des personnes issues du secteur du bâtiment. En effet, la ville a été touchée par plusieurs tremblement de terre notamment en 2011 et donc bon nombre de bâtiments sont à reconstruire. Du coup, la demande de main d’œuvre est conséquente et les français sont très demandés et appréciés pour la qualité de leur travail.

La coloc’ ou je me trouve est tenue par deux français, Clémentine d’Ardèche et Thomas de Montpellier.  Ils aimeraient avoir un visa de résidant pour rester 3 ans en Nouvelle-Zélande car ils adorent ce pays.

 

Tu pourrais t’installer comme Clémentine et Thomas, de manière plus durable dans ce pays ?

Je pense que oui. Après je dis ça mais je n’y ai pas réfléchi de manière posée ! Je vais voir comment se passe mon retour en France, comment je me sens. Après on verra. Je suis tout de même très attaché à mes racines, à ma famille et devoir vivre, sur du long terme, dans un pays aussi éloigné de la France, je ne suis pas certain d’y trouver mon compte.

Maintenant que tu as goûté à la vie d’expat,  serais-tu tenté par une nouvelle aventure, ailleurs ?

Sans aucun doute et je connais même le nom de ma prochaine destination : le Népal. Il se peut que j’intervienne dans un orphelinat.  J’aimerais bien aussi faire le trek du camp de base de l’Everest sans oublier l’Inde et la Patagonie mais cela reste seulement des pistes, rien de concert. Je vais déjà apprécier mes derniers mois en terre néo-zélandaise puis mon retour en France, je penserai à ma prochaine expédition après.

En préambule de cette interview, tu expliquais vouloir faire ce voyage notamment « pour te retrouver ». Y es-tu parvenu ?

En partie. Avant de venir en Nouvelle-Zélande, je me posais des questions sur mon mode de vie. Qu’est-ce que je veux vraiment ? La réponse est claire aujourd’hui.  Je veux une vie plus simple et plus authentique, plus respectueuse de la planète. Je vis depuis plusieurs mois dans un van et je me rends compte que l’on n’a pas besoin de grand-chose pour être heureux. J’ai peu de vêtements, j’ai les mêmes depuis que je suis parti à savoir 2 pantalons, 2 t-shirts et 2 shorts et finalement je n’ai pas besoin de plus. Ah si c’est vrai j’ai acheté un jean car je n’étais pas très présentable pour sortir.  En fait, dans ce genre de situation, tu te contentes de l’essentiel et tu te rends compte que l’essentiel, c’est tout ce dont tu as besoin. Cette façon de vivre au jour le jour, sans prise de tête, sans anticipation, m’a apporté une forme de sérénité intérieur très appréciable. Se laisser porter au gré du vent c’est quand même super chouette.

 

Un retour à l’essentiel

Un dernier mot pour nos internautes

Si tu as des rêves … fais en sorte de les réaliser ! C’est important de se donner dans la vie, il faut suivre ses  envies sans avoir peur du jugement des autres. Souvent on n’ose pas se lancer car on pense que l’on va faire l’objet de critique. Mais finalement très souvent ces peurs sont infondées donc foncez !!!!

 

Interview sonore de Rémi Bertholet:

Pour information, nous avons réalisé cette interview par Skype avec un réseau très limité  , la qualité du rendu n’ est donc pas exceptionnelle , nous en sommes bien navrés . Nous avons toutefois tenu à la publier  pour des raisons d’équité .

 

 

 

 

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