Portrait d'expat

Une « sudiste parisienne » dans la ville aux mille et une portes colorées

9 février 2017

 Il existe des dizaines de raisons qui poussent une personne à s’expatrier. Elle…voulait souffler, sortir d’un quotidien trop rythmé. Mais aussi vivre une « petite » aventure à l’étranger avant de franchir le cap des « 30 balais ». Bref, faire une « grosse coupure » en Irlande dans le sacro-saint temple de la Guinness  pour vivre tout simplement !!! 

Anne-Laure ou la « petite » aventurière qui voulait faire une grosse coupure.

Rencontre avec Anne-Laure Salvatico, pétillante journaliste sportive à Canal + qui, en janvier 2014, décide de quitter « la Seine » pour découvrir « la Liffey ».

Interview sonore d’Anne-Laure Salvatico

A retrouver en intégralité ci-dessous

Bonjour Anne-Laure, avant de parler de ta virée au pays de la Guinness, peux-tu nous dire quelques mots sur toi ?

Donc moi c’est Anne- Laure, j’ai 31 ans, je suis journaliste sportive à Canal + depuis 8 ans maintenant. A la base je suis montée à  la capitale pour faire un stage de quelques mois au sein du groupe et au final je n’en suis jamais repartie. Je suis originaire du Sud de la France, de Ramatuelle plus précisément. Une ville que j’adore à laquelle je suis viscéralement attachée. Pour autant je me suis faite à la vie parisienne. J’ai un appartement à Meudon à quelques kilomètres de Paris, la vie ici est très agréable (c’est rare pour une sudiste de dire ça) mais c’est vrai. J’ai vraiment trouvé mes marques à Paname, même s’il est vrai, que j’ai eu besoin de faire une petite coupure avec ce quotidien trépidant il y a deux ans.

En janvier 2014, tu décides en effet de quitter la ville des lumières et de partir vivre un an à Dublin. Qu’est ce qui a motivé ce choix ?

J’avais besoin de souffler. Cela faisait 7 ans que je courrais un peu partout, que je vivais à 100 à l’heure. Et puis après mes études supérieures, je ne suis pas partie à l’étranger, comme bon nombre d’étudiants. Je n’en ressentais pas le besoin à ce moment-là. Ce fut différent à l’aube de mes 30 ans. Je me suis sentie pretre pour tenter aventure. J’avais surtout besoin de faire un break !

 Faire un break mais pas trop loin tout de même 

Mais pas trop loin tout de même, pas l’Australie par exemple. Je veux bien être une aventurière mais pas trop quand même. L’Irlande ça m’allait bien, c’était parfait pour améliorer mon anglais pas vraiment au top. Et puis le coté nature, ça m’attirait. Et donc ni une ni deux, j’ai rendu mon appartement de l’époque, j’ai dit au boulot que j’avais besoin de souffler et je suis partie en Irlande à la base pour 6 mois et au final j’y suis restée un an jusqu’en février 2015.  C’était une super aventure et ça m’a fait un bien fou pour pleins de raisons.

 

Une journaliste parisienne à Dublin

Tourner le dos, une année, à la vie Parisienne pour se ressourcer

A ton arrivée à Dublin, quelles ont été tes premières impressions ?

J’ai pu constater tout de suite que ce que l’on m’avait dit sur le climat était vrai. On peut avoir à Dublin 4 saisons en une journée, c’est véridique !  Tu peux en 24 h mettre un bonnet puis l’enlever, prendre un parapluie puis le ranger. Mettre ta veste et l’enlever 2 seconde plus tard (j’exagère à peine), bref c’est du grand n’importe quoi. Mais ce qui m’a le plus interpellée ce sont les gens très disponibles. Je suis partie seule à Dublin et en fait je ne me suis jamais sentie isolée. On dit que quand on voyage on n’est jamais seule et c’est vrai. Les irlandais ont le contact très très très facile. Quand tu bois un café par exemple, ils viennent te parler, ils entament une conversation ce qui arrive très rarement à Paris (pardon pour les parisiens), c’est toujours très simple et évident avec eux.  J’ai vraiment apprécié ce contact « easy » enfin excepté pour la langue. Honnêtement, je partais de très loin en matière de maîtrise de la langue anglaise et l’irlandais c’est encore une autre paire de manches avec un accent à couper aux couteaux. Du coup, j’avoue qu’au début c’était plutôt  folklorique les échanges entre eux et moi. 

Des paysages magnifiques

 

L’idée que tu te faisais de ce pays a-t-elle évoluée avec cette expérience personnelle à Dublin ?

Pas tellement. L’image que j’avais de Dublin au départ est restée sensiblement la même. On m’avait dit que c’était hyper chaleureux, je le confirme. On m’avait également parlé de la beauté des paysages et effectivement c’est bluffant, j’ai eu la chance de pouvoir visiter une bonne partie du pays et il est vrai que l’environnement est vraiment dingue. Non vraiment je n’ai pas été réellement surprise… conquise, bluffée ça oui. En même temps, l’Irlande ce n’est pas le bout du monde, on connait assez bien ce pays, la culture est assez proche finalement de la nôtre.

Anne laure Salvatico dans le sacro saint temple de la Guinness

Immersion totale dans le temple de la bière noire

 

Malgré tout, as-tu eu des coups de mous, des moments ou la France t’a manqué ?

Je ne dis pas ça parce que je suis interrogée par vous mais j’ai eu envie plusieurs fois de rentrer chez moi en France pour manger sainement. Ma famille, mes amis me manquaient bien sûr mais la bonne bouffe c’était quelque chose. Combien de fois je me suis énervée en faisant mes courses à Dublin parce qu’il n’y avait pas ce que je voulais. Je n’étais pas contre l’idée de manger Irish mais bon manger irlandais c’est manger des choses pas très très variées donc c’est vrai qu’au bout d’un moment, ça devient un peu usant.

La tour Eiffel, le Sud, la mer m’ont aussi manqué certains jours.

Je reviens à l’alimentation, quels produits t’ont réellement fait défaut ?

Sans hésitation, le fromage, j’adore le fromage et en Irlande tu n’en trouves pas. Excepté le Cheedar qui lui en revanche est décliné sous toutes ses formes. Pour moi le Cheddar, ça se résumait aux petites toastinettes que l’on met dans les burgers. La-bas il y a des rayons entiers de cheddar (médium , red etc) c’est impressionnant. Mais en dehors de ce produit, tu ne trouves rien d’autres. Alors il y a bien quelques petites épiceries qui vendent de l’alimentation française mais déjà il faut les trouver sur une carte, elles sont généralement à l’autre bout de la où tu habites. Et si tu te décides quand même à aller faire un tour dans ce magasin parce que t’es trop en manque, tu payes genre ton brie 15 euros au lieu de 5 en France. Bref c’est galère. Les irlandais ne connaissent  pas ou très mal ce produit ö combien délicieux!

Do you have Comté ? No

Lorsque tu leur demandes « do you have some Comté  » ils te regardent presque comme si tu débarquais d’une autre planète. Idem pour le pain, si tu vas dans un coffee shop pour acheter un sandwich, et bien tu vas avoir du pain de mie et la tu as envie de lui dire «  mais non ce n’est pas du pain ça, moi je veux la baguette bien craquante  ». Ils n’ont pas la culture de la nourriture comme on peut l’avoir en France. Je ne dis pas qu’ils ne cuisinent pas mais en fait ils mangent pour se nourrir et pas vraiment pour se faire plaisir !

Cette expérience d’expat en Irlande, tu en as fait un livre que tu as intitulé » Grosse Coupure ». Pourquoi cet ouvrage ?

A la base, je n’y avais pas pensé. J’avais évoqué l’idée de faire un blog mais pas un livre. Ce n’est que plus tard lorsque j’ai écrit mes premiers post sur mon blog Grosse Coupure  et que j’ai vu que les gens étaient réceptifs que je me suis dit:  » pourquoi je ne coucherais pas ces petites anecdotes sur le papier ». Finalement c’était un petit plaisir que je me faisais car j’adore écrire (c’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi d’être journaliste) et  en plus tout le monde y trouvait son compte. Tous les jours j’avais quelque chose à raconter, c’est la magie des voyages à l’étranger, on vit forcément des expériences assez uniques.

De retour en France, on a  transformé le blog en livre

 Du coup j’avais souvent mon stylo à la main et en tant que grande fan  des livres illustrés et surtout des illustratrices blogueuses qui parlent du quotidien des trentenaires comme Penelope Bagieu ou encore Margaux Motin , je me suis dit que ce serait trop génial si je pouvais agrémenter mes propos de dessins . Le problème c’est que je ne sais pas dessiner du coup je n’ai  pas cogité longtemps, j’ai contacté une illustratrice que j’apprécie beaucoup : Penny. Je lui ai présenté le projet, elle a bien aimé et du coup on s’est associées. Elle a commencé à dessiner pour le blog et ensuite lorsque je suis rentrée en France on a adapté le blog en livre. Si au départ, je n’avais pas anticipé cette expérience littéraire aujourd’hui avec le recul, je me dis que c’est super d’avoir pu laisser une trace de ce voyage. Bon certes ce n’est pas le prix Goncourt, mais c’est pour moi une source de fierté. Quand je vais chez les gens et que je vois mon livre dans leur bibliothèque, ça me fait marrer 🙂

Anne laure écrit un livre Grosse Coupre

Un « petit break » raconté dans Grosse Coupure

As-tu rencontré d’autres expatriés français lors de ton break à Dublin ? Si oui, comment ont-ils perçu ton livre?

Lorsque j’étais en Irlande, j’ai rencontré une autre française qui travaillait avec moi dans un coffee shop. Elle était là depuis 2 ans et comme moi, elle était en manque de bon fromage. Elle est normande alors le fromage pour elle c’est sacré. Du coup lorsqu’elle ou moi on rentrait en France, on en profitait pour ramener les essentiels dans nos bagages comme le vin et donc le fromage.

C’est vrai qu’en écrivant ce livre, j’ai eu pas mal de bons retours. Beaucoup se retrouvait dans ce que j’avais pu vivre. Ce qui est certain c’est que tous les expatriés que j’ai pu rencontrer qu’ils soient français ou non ont kiffé cette expérience à l’étranger. Je n’ai pas rencontré une seule personne qui regrettait son choix.

Une nouvelle grosse coupure est-elle en préparation ?

J’y pense tout le temps. Dès fois je rentre du travail avec une seule envie : tout plaquer, me casser. Et puis après je me dis « doucement ma fille calme toi, tu as maintenant 31 ans, tu es posée dans ton boulot ». Bref honnêtement je ne crois pas que je vivrais une autre aventure comme celle-ci. J’ai sauté le pas  il y a 2 ans, j’ai tout plaqué, mon travail, mon appart et je suis partie avec mon sac à dos je suis contente de l’avoir fait. On me disait à l’époque que j’étais courageuse. Pour moi ce n’était ni du courage, ni un risque inconsidéré juste une expérience nécessaire à un moment de ma vie.

Je vais continuer à voyager c’est certain mais en tant que simple touriste, c’est déjà bien.

Pas de nouveau saut dans l’inconnu  en perspective

Pour terminer, un petit avis sur OhMyGoodFrance ?

Mais moi je suis à fond dans ce projet, c’est juste une super idée car comme je te le disais lors de notre entrevue, il y a des produits auxquels on n’a juste pas accès comme le fromage du coup. Pour t’en procurer tu n’as pas d’autre choix que de supplier ta coloc qui rentre en Normandie de t’en ramener.

Moi je dis banco 

Donc oui, si on peut bénéficier d’un bon produit en restant chez soi moi je dis banco. Si la start up avait existé pendant mon séjour si ça se trouve je ne serais pas rentrée en France. Sérieusement, j’en avais tellement marre de mal manger avec ces saucisses grasses et ce bacon à longueur de temps que je n’aurais pas pu prolonger mon séjour. Ma santé mentale en dépendait .

 

Vous pourriez aussi aimer
Pas de commentaire

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :